Le vieux Frontenac

Les armes de la famille Frontenac

"D'azur à trois pattes de griffon d'or"

Le comte de Saint-Saud dans ses généalogies périgourdines fait état de quelques variantes des armes de Buade :

 D'azur à trois pattes de griffon d'or onglées de gueules

D'argent à trois pattes de griffon de sable

(B.N. Estampes)

 

Ami de Henri IV, il fut :

- Gouverneur de Saint-Germain-en-Laye (27 juin 1594-1610) avec le titre de "capitaine des châteaux, parcs et gruerie de Saint-Germain".

- Maître d’hôtel de la Reine Marie de Médicis (1604).

- Gentilhomme de la Chambre du Roi.

- Premier maître d'hôtel de Louis XIII.

- Chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit (voir) le 31 décembre 1619, la plus haute distinction de la monarchie.

 

Son père était seigneur de Frontenac (voir), seigneurie située en Guyenne dans le village de Cahuzac, près de Castillonnès (Lot-et-Garonne).

Avant d'être nommé roi de France et de Navarre, le futur Henri IV réside à Pau. Parmi ses compagnons d’armes se trouve Antoine de Buade, seigneur de Frontenac, l'un de ses plus dévoués serviteurs.

Si Henri de Navarre était protestant à cette époque, Antoine lui, était catholique comme la moitié de ses plus fidèles serviteurs ; ces divergences de convictions religieuses ne sont pas étrangères à la querelle qui opposa Sully à Antoine (voir) en 1576, qui faillit bien se terminer par un duel entre les deux hommes et qui fut à l'origine de la brouille entre Sully et Turenne.

Henri IV tenait beaucoup au mariage de Antoine avec Jeanne, la fille de Jean de Secondat, seigneur de Rocques ; il lui envoya à ce sujet deux lettres missives : le 26 septembre et le 13 octobre 1583. Dans cette dernière il  écrivait à ce seigneur pour le presser « à mettre fin au mariage de Frontenac, désirant que cest affère ne tombe en plus grande longueur, pour l’amitié que je luy porte... ».

Le 11 décembre 1583, Antoine épouse Jeanne, âgée de 18 ans ; elle eut en dot 10 000 livres. Par ce mariage, les familles Buade et Montesquieu (voir) s'unissaient ; Le futur Louis de Buade dit Frontenac, petit fils de Antoine, sera donc un parent du futur auteur des Lettres persanes et de l'esprit des lois.

En 1585 commence la huitième guerre de religion dite "des trois Henri" ; Fin 1587, l'armée du roi de France Henri III, commandée par le duc de Joyeuse, se déplace vers le Périgord pour fermer le passage à Henri de Navarre qui se dirige vers la Bourgogne. Le 20 Octobre, les deux armées se rencontrent à Coutras (au nord de Libourne). Henri de Navarre écrase l'armée royale ; Joyeuse  meurt dans la bataille. C'est la première grande victoire du futur Henri IV. L'affrontement qui a duré moins de trois heures a fait environ 6 700 morts (4 200 catholiques et 2 500 protestants) et a failli coûter la vie à Henri de Navarre qui fut secouru par Antoine de Buade.

 

 Le blason ci-contre est extrait de :

 "Histoire généalogique et chronologique de la Maison Royale de France...  et des officiers du Saint-esprit" par P. Anselme - 1733

« Le Roy de Navarre fit paroître en cette journée toute la conduite d’un très-grand Capitaine, & s’exposa dans le plus chaud de la mêlée comme un simple soldat. Dès le commencement du combat, il fut attaqué par le Baron de Fumel & par Châteaurenard Cornette de Sansac qui s’attachèrent à lui. Il fut secouru par Frontenac qui abbatit Fumel d’un coup de sabre qu’il lui donna sur la tête. Le Roy de Navarre saisit au corps Châteaurenard, lui criant, rends toi, Philistin; & dans ce moment, il courut un grand risque de la part d’un Gendarme de Sansac, qui tandis que ce Prince tenoit Châteaurenard embrassé, lui donna plusieurs coups sur le casque du tronçon de sa lance ; mais le Capitaine Constant l’en délivra en tuant le Gendarme. » 

(Histoire de France depuis l’établissement de la Monarchie Française dans les Gaules, Père G. Daniel, 1720)

Le 22 mars 1594, le nouveau roi entre à Paris (Saint-Germain-en-Laye précisément) avec ses compagnons d'armes. Antoine conservera pendant les premières années du règne de Henri IV la charge d'écuyer ordinaire.

En février 1598 il achète le château et les terres de Pontchartrain (commune de Jouars-Pontchartrain, département des Yvelines). Les vendeurs sont Philippe Duglas, seigneur d'Arancy, et sa femme Marie Coignet d'une part et Marguerite Coignet veuve de Balthazar Flavigny, tué au siège de Rouen en 1592, d'autre part. Marguerite était la fille de François Coignet, seigneur de Pontchartrain.

Il a été le négociateur du mariage de Henri IV avec Marie de Médicis en 1600 (voir ci-dessous).

Bataille de Coutras 

(gravure de Frans Hogenberg, XVIe s. Musée national du château de Pau)

 

Le 25 Février 1606, il devient propriétaire de la châtellenie de Palluau.

En 1607, la seigneurie est érigée en baronnie et, en 1622 en comté par Louis XIII.

 

 

En 1609, Antoine revend pour 49 000 livres la seigneurie de Pontchartrain à Paul Phélypeaux (voir), le premier de la branche Pontchartrain des Phélypeaux.

En septembre 1610, la Reine lui retire (peut-être à sa demande) la charge de capitaine des châteaux, parcs et gruerie de Saint-Germain pour la confier à son fils Henry (lire la note de Héroard, premier médecin du roi Louis XIII).

En 1618 son épouse Jeanne décède après une maladie qui aura duré trois ans ; dans les derniers jours de sa vie, il réussira à la convaincre de renoncer au calvinisme (Voir l'heureuse conversion de Madame de Frontenac).

 

Au décès de son fils Henry, il quitte Saint-Germain-en-Laye pour aller habiter avec sa belle-fille Anne de Phélypeaux dans leur château de Palluau.

 

En 1626, des terres qu'il possède encore à Pontchartrain et celles de Palluau auraient été hypothéquées en faveur de plusieurs créanciers (?). Le 14 juillet 1626, il décède et est inhumé dans la chapelle souterraine de la collégiale de Palluau (voir). Une inscription sur l'un des murs rappelle l'événement.

  

 

 

Pour quelle raison Antoine de Buade a-t-il choisi de venir s’installer à Palluau-sur-Indre ?

Antoine était l’ami d’un autre compagnon d’armes de Henri IV, Jean d’Harambure (voir), commandant à cette période une compagnie de cent chevau-légers attachés à la garde du Roi de Navarre.

Ce vaillant guerrier a perdu un œil au cours de la prise de la ville de Niort, ce qui lui a valu le surnom de « Le Borgne ». Vers 1595, il rachète une partie de la seigneurie de Romefort (commune de Ciron, proche de la ville de Le Blanc dans l'Indre) à Jean de Secondat (voir), le beau-père de Antoine. Cette même année, Jean d’Harambure et Antoine de Buade vont devenir beaux-frères : Jean épouse Marie-Anne, une fille de Jean de Secondat, dans le château de Romefort ; la mariée reçoit en dot la terre de Romefort.

Le "Nobiliaire de Guienne et de Gascogne", tome 2 par M. O'gilvy (1858) donne une généalogie complète des Secondat et précise dans quelles conditions Jean de Secondat s'est porté acquéreur de Romefort en 1595.

Nul doute qu’en rendant visite à son ami et beau-frère, Antoine ait pu ainsi découvrir, en la traversant, la région de Palluau-sur-Indre qui faisait partie à cette époque de la Touraine.

Antoine vient de rencontrer Marie de Médicis en Italie ; Henri IV au retour de son messager écrit à sa future femme (la deuxième).

"J'ai reçu avec beaucoup de contentement de vos nouvelles par Frontenac, lequel m'a fidèlement rapporté vos mérites..."

 

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Lundi 13 septembre 1610

Le 13, lundi, à Paris. - M. de Frontenac, premier maître d'hôtel et capitaine de Saint-Germain-en-Laye, lui dit que la Reine lui avoit ôté la capitainerie : Pourquoi ? demande le Roi, étonné et fâché. – « Sire, c'est pour la donner à mon fils, à la charge que je serai son lieutenant. » - Le lieutenant baillera donc le fouet à son capitaine !

 

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La scène se passe en 1576 ; Sully combat en Périgord aux côtés de Antoine de Buade. Sully est alors âgé de 16 ans ; Antoine doit en avoir environ 25 ou 30.

Je ne dissimulerai point que le roi de Navarre étoit fort mal servi. Son armée étoit presqu'également composée de Catholiques & de Réformés ; & il disoit quelquefois, qu'il avoit plus d'obligation aux premiers, parce qu'ils le servoient sans intérêt, & par un pur attachement à sa personne. Mais c'étoit ce mélange même qui nuisoit à ses affaires. Messieurs de Turenne, de Montgotmery, de Guitry, de Lésignan, de Favas, de Pardaillan, & autres principaux Protestants, avoient une aversion invincible pour Messieurs de Lavardin, de Miossens, de Grammont, de Duras, de Sainte-Colombe, de Roquelaure, de Beholens, de Podins, & autres officiers catholiques. Elle se manifesta entr’autres occasions à mon sujet, dans une querelle que j’eus avec Frontenac. Cet officier m'ayant traité de jeune homme, ajouta avec mépris, que si on me tordoit le nez, il en sortiroit du lait ; je lui répondis que je me trouvois assez fort pour lui tirer le sang du sien avec mon épée. Cette querelle éclata ; & ce qu'il y eut de bien singulier, c'est que quoique mon aggresseur fût Catholique, & moi Protestant, le vicomte de Turenne s'offrit à lui contre moi avec ses Réformés : ce que M. de Lavardin ayant sçu, il me fit offre de son secours, & de celui des Catholiques ses amis.

(Mémoires de Sully ; tome 1)

 

 

 

Dans sa collection des mémoires relatifs à l'histoire de France (tome 1, 1820), Petitot rapporte que cette querelle est à l'origine de la brouille tenace entre Sully et Turenne.

 

"Or, pource que plusieurs personnes s'estonnans de la mauvaise intelligence qui a tousjours paru entre M. deThurenne et vous, nous en ont souvent demandé la cause, il nous a semblé à propos sur l'occasion des ces dissensions qui en furent la première origine, d'en dire icy un mot, selon ce que nous en avons appris d'un gentil-homme de Normandie, nommé le sieur d'Yvetot, qui estoit lors à vous ; lequel nous conta que vous estant, dés ce temps-là, survenu quelque dispute avec le sieur de Frontenac, vous n'ayant point encore de barbe, pource que sur certains propos qui ne luy plaisoient pas, il vous dit :

« Vous faites desja bien l'entendu, encor que vous soyez si jeune que si l'on vous tordoit le nez, il en « sortiroit du laict » A quoy vous luy respondistes : «Que vous aviez assez d'aage pour luy tirer le sang du sien, l’espée à la main. »

Et quoy qu’il fust catholîque et vous de la religion, si arriva-il, que M. de Laverdin et la pluspart des catholiques envoyèrent s'offrir à vous, d'autant qu'ils avoient sceu que M. de Thurenne et plusieurs des huguenots de ce pays de delà, à cause de luy, s'estoient envoyez offrir à l'autre (Frontenac), et à vostre accord parurent ces deuz factions tout ouvertement, ce qui vous obligea de là en avant d'estre contre M. de Thurenne en toutes les disputes qui luy survenoient…"

 

 

 

 

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